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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 09:33

 

 

J'étais allongée depuis quelques heures déjà, dans l'obscurité la plus totale, les écouteurs de mon MP3 vissés sur les oreilles, à attendre que le sommeil veuille bien me visiter et m'emporter pour quelques heures de répit. Mon esprit dérivait au seuil de l'endormissement, sur le point d'y accoster quand une voix grave, que j'ai néanmoins identifiée comme étant celle d'une femme, a retenti dans ma tête, claire, forte et impérieuse m'appellant par mon prénom.


Je suis restée tétanisée quelques instants, la voix a repris, j'ai arraché les écouteurs, me suis dressée sur mon lit, tremblante, l'oreille aux aguets, les yeux se tournant de tous côtés sans parvenir à percer la noirceur de la chambre. Pas de vent, les enfants silencieux, endormis dans leurs lits, le chat près de moi. Le silence, total, poisseux, collant, seulement troublé par les battements frénétiques de mon coeur complètement affolé. Même les voisins, qui ne savent pas s'exprimer autrement qu'en hurlant se sont tus, emporté par le sommeil qui se refuse à moi nuit après nuit.


Avec prudence, je rampe sur le lit, tatônne le mur jusqu'à trouver l'interrupteur, persuadée qu'avant d'avoir réussi à allumer la lumière, une ombre sortie tout droit des mes terreurs enfantines viendra me frôler, s'enrouler autour de mon bras pour achever ce qu'elle n'avait pu terminer alors que je n'étais qu'une enfant : me faire mourir de peur. Par miracle, l'ombre est restée tapie sous mon lit, apparemment aussi effrayée que moi. Alors quoi ? 2H54 sur l'écran de mon téléphone. Naufragée au milieu de mon propre lit. Rembobinage de la chanson en cours d'écoute afin d'en identifier chaque son, chaque tonalité de voix qui pourrait expliquer le phénomène qui m'a laissée glacée jusqu'aux os. Rien. J'attends un moment, je me recouche mais n'éteins pas, la lumière tient les monstres à distance depuis la nuit des temps, c'est bien connu. 6H15, le réveil sonne. Je me suis finalement endormie.

 

Trois semaines plus tard, une soirée marquée par l'angoisse sourde qu'il puisse arriver quelque chose à un "ami". La peur, insidieuse, enjôleuse qui m'a tenue compagnie. La douleur vive de l'inquiétude, de la souffrance, plus tranchante que la plus effilée des lames.


MP3 vissé sur les oreilles, comme chaque soir, j'attends toujours que le sommeil me gratifie de ses égards, comme chaque nuit. Le rituel est presqu'immuable. La musique, l'astreinte à l'immobilité, du corps comme de l'esprit pour mettre toutes les chances de mon côtés. Si je suis bien sage, peut-être m'endormirai-je enfin à une heure décente. Mon esprit dérive, lentement, cherchant à fuir la poigne de fer qui me broie à l'intérieur. Les heures s'étirent, l'obscurité s'épaissit, ma liste de lecture n'en finit plus. Enfin je sens que je lâche prise, que je peux m'abandonner.


Dans un réflexe j'ouvre les yeux une dernière fois. Une silhouette est penchée sur moi. Je ne vois pas son visage, seulement ses cheveux, au-dessus de mon visage et son aura bienveillante. Sans savoir pourquoi, je suis émue. A l'intérieur ça se fissure, les digues lâchent, je sens mon coeur enfler dans ma poitrine, un sanglot, profond, me secoue de la tête aux pieds. Les larmes débordent de mes yeux sans prévenir, de grosses larmes rondes et chaudes, celles de l'enfance, celles qu'il faisait du bien de verser dans les bras maternels tendrement protecteurs, merveilleux remparts contre les monstres de la nuit et les petits bobos du quotidien. J'ai mal, mais c'est bon. Je ne suis plus seule, quelqu'un est là pour veiller sur moi, sombre silhouette qui m'enveloppe et me rassure. Je m'endors ainsi, vaincue par la tendresse qui se dégage de cette inconnue et que je n'ai pas ressentie depuis si longtemps.


7h15, environ 4h de sommeil, les enfants débarquent dans le salon. J'entends leurs pas feutrés sur le plancher. Je me retourne dans mon lit pour retenir un peu plus longtemps la chaleur bienfaisante de la nuit. Sous ma joue, l'oreiller est humide. Les larmes étaient réelles. Qu'en est-il du reste ?

 

J'attends la nuit et ses heures les plus sombres avec impatience. Je veux la revoir, je veux la sentir à mes côtés, me sentir en sécurité, m'endormir paisiblement pour une fois. Je veux qu'elle m'enveloppe et qu'elle me berce. Je veux me noyer dans la paix qu'elle dégageait et dont elle m'a fait le don précieux pendant quelques heures.

 

Qui sont-elles ? Que me veulent-elles ? Sont-elles une seule et même entité ? L'une m'a terrorisée, l'autre m'a apaisée. J'attends. J'attends notre prochaine rencontre.


 

Ce texte n'est pas une fiction...

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 23:09

 

 

 

Au milieu du désert le silence est profond,

Le souffle du vent a dispersé la dune,

Eparpillant la vie par-delà l'horizon,

Hors de portée du temps, de l'éclat de la Lune.

 

Il ne reste du lieu qu'une froide étendue,

Un amas de poussière, une empreinte un peu terne.

De la splendeur d'antan aujourd'huie révolue,

Il ne subsiste plus qu'un paysage en berne.

 

L'oasis est à sec, sa source s'est tarie,

Les espoirs ont fâné par manque de lumière.

Jadis havre de paix palpitant d'énergie,

Ce n'est plus désormais qu'un triste cimetière.

 

Au milieu du Désert j'ai perdu mon chemin,

Les quelques illusions qui me guidaient encore.

Je me suis essouflée à espérer en vain,

Depuis j'ai abdiqué : le Désert me dévore.


 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 13:09

je relève le défi  de la semaine de la communauté des Croqueurs de mots, dont les consignes étaient les suivantes :

 

le-defi

 

Défi n° 78  « Veillée contes » consigne proposée par :

http://lepanierahistoiresdememette.over-blog.com

 

Il était une fois … ainsi commencent souvent les contes.

 

A votre tour, choisissez un héros (ou une héroïne) parmi les personnages de contes: Petit Chaperon Rouge, Belle au Bois Dormant, Petit Poucet… transposez-le à notre époque, dépoussiérez le contexte, imaginez des rencontres improbables, accommodez l’histoire à votre sauce, faites-nous rire, trembler, frémir...

A vos plumes !

 

Voici ma participation :

 

 

 

Au Loup

 

 

Elle n'était pas née de la dernière pluie. Elle était trop grande maintenant pour croire à ce genre de fadaises, dont les adultes usaient de façon abusive pour forcer les enfants à obéir et à se tenir tranquille. Aussi, quand sa mère l'avait mise en garde contre une rencontre probable avec la Bête, s'était-elle contentée de ricaner et de lever les yeux au ciel en haussant les épaules comme seules les adolescentes savent le faire.

 

Tout en se préparant à aller voir sa grand-mère à l'autre bout de la ville, elle s'était mise à chantonner cet air entêtant que sa soeur avait appris à l'école et qu'elle lui serinait à longueur de journée : "qui a peur du grand méchant loup, méchant loup, méchant loup. Qui a peur du grand méchant loup, c'est p't'être vous, c'est pas nous..." et dont le reste des paroles lui échappait.

 

Nina aimait visiter son aieüle. Elle était encore fringante et dynamique, avait toujours quelques histoires drôles en réserve et l'emmenait même parfois danser. On était loin du cliché de la mamie gâteau ou acariâtre qui sévissait dans le foyer de presque toutes ses amies, et la jeune fille raffolait des moments passés en sa compagnie.

Louisette, puisque c'était le nom de sa grand-mère, vivait dans un petit pavillon de banlieue. Dix ans auparavant, elle avait tenu tête aux promoteurs qui l'avaient harcelée pour qu'elle leur vende à la fois les murs et le terrain et s'était peu à peu vu encercler par des barres d'immeubles, toutes plus disgracieuses les unes que les autres. Sa maison, bien que perdue au milieu d'une jungle de béton, gardait tout son caractère, comme sa propriétaire. De nature joviale et expansive, Louisette avait rapidement su conquérir l'âme de la cité alentours et n'était que rarement importunée.

 

Elle recueillait souvent les jeunes dans la détresse ou les mères en difficultés. Elle participait volontiers aux fêtes de quartier et était souvent invitée chez les uns et les autres. Depuis quelques semaines, Nina avait une raison supplémentaire d'attendre cette visite hebdomadaire avec impatience. Sa grand-mère avait pris sous son aile un jeune homme silencieux à l'aura mystérieuse, aux yeux d'un noir profond, son visage fin encadré de longs cheveux noirs qui lui tombaient sur les épaules. Nina était certaine qu'il était au moins aussi troublé qu'elle lorsqu'ils se trouvaient en présence l'un de l'autre. Penser à Terry faisait battre son coeur plus vite, et elle se surprit à sourire béatement à sa seule pensée. En croisant le regard hilare du passager qui lui faisait face dans le bus, elle se reprit, sans toutefois cesser de sourire intérieurement. Depuis trois semaines environ, ils avaient réussi à surmonter leur timidé respective et avaient pris l'habitude de papoter de tout et de rien en prêtant une oreille distraite au babillage de Louisette, qui couvait les deux adolescents d'un regard entendu.

 

Toute à ses pensées, ce n'est qu'une fois arrivée dans la cuisine de la petite maison que Nina prit conscience que quelque chose n'allait pas. L'atmosphère semblait chargée d'électricité négative et les poils de ses avant-bras s'étaient dressés presque douloureusement. Elle appella plusieurs fois, en vain. Elle entreprit de monter à l'étage, l'angoisse chevillée au coeur. Elle avait vu la tasse brisée et le thé répandu sur le sol de la cuisine. Sa raison lui hurlait de prendre ses jambes à son cou mais son inquiétude pour sa grand-mère chassa momentanément cette pensée. Elle se figea en haut de l'escalier lorsqu'elle entendit un bruit sourd dans la chambre de Louisette et le parquet grincer méchamment. Elle s'avisa soudain qu'elle avait oublié de respirer pendant quelques secondes, quelques minutes peut-être, elle ne savait plus, quand elle inspira profondément pour reprendre son souffle. Ses mains, moites, étaient plaquées sur sa bouche dans un effort désespéré pour retenir le cri qui avait enflé dans sa gorge lorsqu'elle avait aperçu le tabouret de la coiffeuse de Louisette renversé et tâché de sang à l'entrée de sa chambre. Elle aurait voulu tourner les talons et fuir, fuir le plus loin possible, courir jusqu'à en avoir mal et hurler "Au Loup" à s'en déchirer les cordes vocales, quand bien même cette pensée saugrenue l'avait fait ricaner une heure plus tôt. Quand terry apparût sur le seuil de la pièce, un méchant sourire sur les lèvres, Nina fut prise d'une terreur sans nom. Elle pensa à sa mère, elle pensa qu'elle aurait aimé se réfugier dans ses bras protecteurs, comme lorsqu'elle était petite et que son étreinte avait encore le pouvoir de chasser tous les monstres qui lui faisaient peur. Elle aurait voulu fuir, s'échapper, disparaître mais se faisait l'effet d'être un insecte pris dans les phares d'une voiture et incapable d'échapper à l'attrait hypnotique de leur lumière.

 

Alors que Terry s'avançait vers elle en lui crachant qu'il l'avait attendue, elle songea qu'elle aurait dû accorder plus de crédit aux contes de son enfance qui enseignaient que pour parvenir à ses fins, le Loup savait prendre l'apparence d'un agneau...

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 08:00

je relève le défi  de la semaine de la communauté des Croqueurs de mots, dont les consignes étaient les suivantes :

 

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Au pied de la lettre       

 

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Quel drame terrible a bien pu pousser

celui qui a "réellement" donné sa langue au chat ?

 

A partir d'une expression choisie

dans le poème de

 Claude ROY

 

Je vous invite à inventer une histoire en prenant

littéralement une ou plusieurs de ces expressions

au pied de la lettre.

 

D’autres expressions ? Clic LA PIOCHE

 

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

 

 

Il me faut vous raconter l'étrange rencontre que je fis un jour de Septembre alors que je n'avais pas 16 ans. Le monde d'alors n'était pas tel que celui que vous connaissez, et je ne me doutais pas que je serais à l'origine d'une expression bien connue que vous utilisez parfois sans même en connaître le fondement.

 

Je n'étais alors qu'un jeune garçon, presqu'un homme à l'époque, avant que je ne réalise quel serait mon destin. J'étais né pauvre et vécus ainsi longtemps. De tous temps, les indigents ont toujours été nombreux, les classes supérieures n'y prêtent guère attention, ce qui m'a permis d'arriver jusqu'à vous dans le plus parfait anonymat. Si, d'aventure, certains ont eu des soupçons, ils ne sont aujourd'hui plus en état de vous en faire part. Les pauvres bougres seront morts sans avoir jamais eu de certitudes quant à ma nature exacte. Moi-même, malgré les siècles traversés, ne saurais vous dire ce qu'il en est réellement. Mes semblables, fort peu nombreux, ne sont pas plus éclairés que moi sur le sujet. Mais je digresse. Mon histoire personnelle n'est pas l'objet de cette chronique.

 

J'avais seize ans donc et travaillais sur les terres du Seigneur Sanglant, sans l'avoir pourtant jamais approché, et pour cause ! Vos livres d'Histoire ne le mentionnent plus depuis longtemps, tout au plus y trouve-t-on des références dans certaines légendes des temps lointains. Je ne me souviens plus de son nom, personne ne l'appelant autrement que par son sobriquet. L'homme était cruel et aimait chercher querelle. Il avait une passion : le maniement de l'épée. Ses seules attentions bienveillantes, ses seules marques de tendresse étaient réservées à sa collection d'armes et plus particulièrement à sa favorite, que nous avions surnommée "Soiffarde", tant sa lame était imprégnée du sang des malheureux qui avaient croisé la route du Seigneur. Jamais lame n'avait fendu autant de crânes, transpercé autant de cuisses, tranché autant de membres ni perforé autant de coeurs et de poumons que celle-là. Le Barbe-Bleu de vos contes fait figure d'agneau en comparaison. On la disait douée d'une volonté propre, d'une conscience qui dictait à son possesseur l'assouvissement de sa soif morbide. Nul ne se souvenait de la manière dont il avait fait acquisition de l'arme mais tous s'accordaient à dire qu'elle était une extension de sa propre main, et ce, dès son plus jeune âge. Il avait terrassé nombre d'animaux, petits et gros avant d'embrocher, à l'âge de 8 ans, un camarade (qui n'en portait que le nom) ayant eu l'audace de s'opposer à lui. Dès lors, l'activité devint une addiction, et le Seigneur Sanglant n'était jamais plus heureux que lorsque sa lame pouvait se mesurer à d'autres ou tout simplement s'abreuver à la vie des malheureux qui croisaient son chemin. Tant et si bien que la population se raréfia. Je vous parle d'une époque si lointaine que les premières carioles n'avaient encore pas fait leur apparition. Nous mourions sur la terre qui nous avait vu naître, ainsi vivait-on. La réputation du Seigneur avait cependant voyagé, colportée par les quelques itinérants qui avaient eu la chance d'échapper à la mort tandis qu'ils traversaient ses terres. C'est ainsi également que la notion de "frontières" a vu le jour. Nulle muraille autour de nos champs et forêts, nulle barrière ou gué à franchir pour parvenir jusqu'à nous. La seule parole des survivants était plus dissuasive que n'importe quel moyen visant à prévenir les intrusions.

 

Au fil des ans, le nombre d'habitants diminua. Beaucoup se terraient dans la forêt, mais Soiffarde les retrouvait toujours, et, faisant fi de tout bon sens, festoyait jusqu'à plus soif. Nous n'étions plus qu'une poignée lorsque nous décidâmes de tenter le tout pour le tout et de fuir loin de la désolation de notre pays natal. Le périple fut long et hasardeux mais nous parvînmes en terre hospitalière quelques mois plus tard. Mes compagnons étaient soulagés de pouvoir poser leurs bagages (un maigre baluchon constituait toute leur richesse) sans craindre inutilement pour leur vie. Etait-ce ma nature, dont je n'avais pas encore pris conscience qui me poussa à retourner sur mes pas ? Toujours- est-il que seulement 4 semaines après notre arrivée, je fus pris d'un désir violent de m'en retourner au pays afin de savoir ce qu'il était advenu du Seigneur. Privés de victimes à occire, comment Soiffarde et son maître survivaient-ils ? Je partis, seul, sous les quolibets de mes contemporains, à la rencontre de ce qui serait, sans que je ne le sache, mon destin et la naissance de cette expression populaire dont ces quelques mots sont la genèse.

 

Je mis plus d'un an à regagner mon ancien territoire et je faillis bien ne pas le reconnaître. Sitôt la forêt franchie, un spectacle étrange me cueillit : pas un centimètre carré de terre qui ne portait pas la marque de Soiffarde. Partout où mon regard portait, la terre et la nature environnante avaient été déchirées, labourées, éventrées. Le Domaine était immense et il me fallut bien quatre mois pour l'explorer et en retrouver enfin le propriétaire. Une de nos "frontières" bordait l'océan et c'est là-bas que j'aperçus le Seigneur, de l'eau jusqu'à mi-cuisses, frappant les flots du plat de sa lame, fendant l'écume de sa pointe acérée ou de son fil tranchant. Je l'observai durant quatre jours et trois nuits avant d'oser m'en approcher. Il m'apparut qu'à défaut d'Humains, l'homme et son amie mortelle, dévorés par la soif particulière qui était la leur et ayant décimé tout règne animal terrestre aux alentours, s'en prenaient maintenant à la faune aquatique. Le spectacle était étonnant, déconcertant. Je constatai rapidement que les efforts du Seigneur étaient vains, ratant sa cible presqu'à tous les coups. D'où la naissance de l'expression "un coup d'épée dans l'eau" dont vous usez fréquemment de nos jours.

La folie hantait ses yeux et guidait son bras. Imprudent, je me mis à le railler. Les progrès de la science et de l'étude des espèces me permet aujourd'hui d'affirmer que c'est sous le coup de la piqûre de la mouche d'Urbeth que toute prudence me quittât. C'était sans doute également la raison de la folie du Seigneur Sanglant, mais à cette époque, les mouches étaient légion et nous ne savions pas les différencier. Nous savions que certaines d'entre elles, rares, étaient dangereuses, sans pour autant savoir les désigner. En quelques enjambées, il fut sur moi et je ne pus rien faire pour tenter d'échapper à la morsure de la lame. Je m'écroulai sur le sable...

 

...et rouvris les yeux quelques semaines plus tard, au même endroit, la tunique percée et tâchée à l'endroit où j'avais été perforé mais la chair aussi tendre et rose que celle de mes bras. Le Seigneur, sans le savoir, venait de me révéler à moi-même. Mais c'est l'objet d'une autre histoire. La stupeur passée et mes esprits revenus, je partis loin de la région et n'y remis jamais les pieds. Quand je revins auprès des mes compagnons, je leur narrai mon voyage, et c'est ainsi que "donner des coups d'épée dans l'eau" devint une expression en vogue, d'abord utilisée comme moquerie puis comme dicton populaire pour signifier un échec, une tentative sans succès.

Au fil des siècles, je n'ai cependant pas développé de penchant particulier pour la modestie et je vous avoue donc avec une certaine fierté que c'est également moi qui suis à l'origine de l'expression " je ne sais pas quelle mouche m'a piqué".

 

 

Chronique N°18 de Liam Terranville

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 14:46

j'ai bien écrit un texte pour l'occasion, deux en fait, un poème et un discours, mais je préfère partager avec vous un poème que l'on vient de me faire découvrir. La mise en page a été réalisée par Marie, alias Moume (sur oasis des artistes). je me permets de vous le livrer ici tel qu'elle me l'a envoyé tant je l'ai trouvé beau, et de circonstances. Merci Marie.

 

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Et une petite citation d'un ami, que j'ai trouvé tout aussi belle et vraie :  

"on reconnaît ses vrais amis et ceux qui comptent vraiment aux larmes que l'on verse quand on s'aperçoit de leur présence à nos côtés dans les moments difficiles." 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 10:18

 

 

On m'a encouragée à partager des mots,

A composer un texte occultant cette lettre,

La gageure est ardue, les efforts colossaux

Pour trouver le moyen de penser à l'omettre.

 

Cependant je consens à admettre céans

Que cela me procure une grande allégresse,

Jongler avec les mots est de ces passe-temps

Que j'avoue adorer malgré ma maladresse.

 

Je ne peux pas prétendre à égaler Perec,

Dont le roman célèbre est devenu légende.

Je m'attèle à ces vers pour déjouer l'échec

Et savourer le Jeu dont je reste gourmande.

 

A penser autrement le temps d'un texte court,

On exhume des noms et quelqu'autres vocables

Dont on ne se sert pas forcément chaque jour,

Occultés par un terme un peu plus malléable.

 

Relever ce challenge est un réel bonheur,

Tantôt une épopée, une belle aventure,

Une chasse au trésor dont le plus grand honneur

Est d'être parvenue malgré tout à conclure.


 

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Merci Nina de m'avoir inspirée !

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 23:08

 

 

Du silence à l'oubli, il n'y a qu'un seul pas,

Se fondre dans la nuit comme on passe à trépas,

S'effacer dans l'ennui, balayer les gravas

D'une vie qui s'enfuit avec perte et fracas.

 

Le défilé des jours, un présent engourdi,

Comme un compte à rebours, un film au ralenti

Dépourvu des atours d'un scénario qui vit,

Sans issue de secours ni aucun raccourci.

 

La succession des nuits, un arrêt sur image,

La conscience asservie par l'ignoble héritage

Des souvenirs enfouis, douloureux bizuttage,

Et de ces nombreux cris dont on reste l'otage.

 

Du silence à l'oubli, la frontière est bien fine,

L'indifférence nuit autant qu'elle assassine,

C'est la mort de l'esprit, le coeur que l'on piétine,

C'est l'âme qui pâlit dans le jour qui décline.

 

 

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 20:57

 

Sur le bord de la plage, au lever du soleil,
J'ai trouvé cette route imprimée dans le sable
Qui semblait inviter mon esprit à l'éveil,
M'indiquer un chemin jusque là introuvable.

Je n'ai pas hésité, j'ai saisi l'occasion
Et me suis engagée sur la trace éphémère,
Sans jamais m'étonner de cette décision,
Tant j'étais empressée d'en percer le mystère.

Qui n'a jamais rêvé de découvrir un jour
Une voie dérobée, une porte secrète,
Un passage oublié, l'aubaine d'un détour,
Un grand parcours flêché, le frisson d'une quête ?

J'ai cheminé longtemps au bord de l'océan,
A me remémorer quelques uns de mes rêves,
Lorsqu'une silhouette a stoppé mon élan
Alors que j'arrivais tout au bout de la grève.

Quand je l'ai reconnue, je suis restée sans voix,
Profondément troublée par notre ressemblance.
Elle m'a susurré que chacun de nos choix
Nous renvoie constamment face à notre conscience :

Pas de porte secrète ou de voie dérobée,
Nous sommes les auteurs de notre propre histoire.
Tout chemin parcouru, chaque route empruntée
Ne relèvent jamais d'un mode aléatoire.

 

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Ce texte est né d'un coup de coeur pour la photo de Nokomis, laquelle m'a gentiment autorisée à m'en servir pour illustrer ce texte. Vous trouverez le lien vers son blog ici :link

Merci à toi donc, d'être source d'inspiration

 

 

 

 

 

 

 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 08:00

 le-defi

 

Pour ce nouveau défi, je fais remonter un texte que j'ai écrit il y a quelques années, pour un concours dont le thème était "Ego métaphorique". Il traduit assez bien qui je suis, cet écrit là est un vériatble morceau de moi-même, sans faux-semblant. C'est en tout cas qui j'étais jusqu'à il y a peu. Ecrire un autoportrait aujourd'hui aurait été trop lugubre

 

 

Au coeur de la maison ou dans un coin de la pièce, je suis avec envie la vie qui s'enfuit. Au rythme du balancier, pulsations de mon coeur, tout un monde s'agite, tant de mots qui s'ébruitent. A peine conscient de mon existence, tenue pour évidente, le monde avance en cadence, guidé par le doux ronronnement de ma discrète présence.


 

Les enfants se cachent en mon sein, voient en moi une alliée rassurante dont l' ombre enveloppante les apaise, tandis que les adultes me consultent machinalement, se demandant discrètement quels peuvent être mes sentiments. Je recueille les larmes, les rires et les confidences de tout un chacun, oreille attentive toujours là au moment opportun. J'habite le silence des inquiets, je remplis celui des angoissés, soulage enfin celui des âmes tourmentées. Pour ceux qui savent entendre, pour ceux qui peuvent comprendre, le rythme immuable de mon balancement est un baume sur les blessures, des paroles qui les rassurent. Imperturbable en apparence, j'accueille tous les espoirs, accompagne toutes les danses, fais de mon mieux pour alléger les souffrances.


 

Mais personne ne se doute que derrière cette composition, je suis pleine de contradictions. On voit en moi une force tranquille, beaucoup de gens me croient insensible. Pourtant je suis loin d'être épargnée par les tourments, mon coeur rate un battement, une minute se perd sur le cadran. Alors quand la douleur se fait trop forte, quand les mots et les maux se bousculent à ma porte, que le mécanisme montre des signes de faiblesses, que les aiguilles n'indiquent plus la bonne heure, on entend mon cri résonner dans toute la maison. Ce n'est pas l'heure que je vous indique, cette clameur qui retentit, c'est simplement le bruit de mon coeur meurtri.


 

montre gousset

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 09:37

 

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Lorsqu'elle avait appris la nouvelle, son coeur s'était serré. Elle se l'était fait répéter deux fois et on avait dû lui permettre de s'allonger et lui amener un verre d'eau avant qu'elle ne soit en état de repartir et de rentrer chez elle. Elle s'était retrouvée, elle ne savait plus comment, au milieu de son couloir, la lettre à la main. Depuis combien de temps était-elle là ? Elle ne savait pas, elle ne savait plus rien. Son esprit s'était recroquevillé, loin, là où elle ne pouvait l'atteindre, pour ne pas perdre ce qui lui restait de raison.

3 mois en arrière, elle n'aurait jamais imaginé qu'on put souffrir à ce point. Trois mois en arrière, elle était vivante et heureuse de l'être. Aujourd'hui, elle n'était plus rien, elle ne se souvenait même plus de celle qu'elle avait été. Elle voulait oublier, pour ne plus hurler; elle voulait se cacher, s'échapper ou se réveiller. Elle savait que le cauchemar était réel bien sûr, mais une part d'elle-même espérait toujours qu'il n'en fût rien.
Le temps s'était arrêté lorsqu'elle avait vu la voiture monter sur le trottoir et leur foncer dessus. Elle l'avait vu arriver, comme dans les films, au ralenti et elle avait su que sa vie allait basculer.
Elle conservait peu de souvenirs de ce jour-là : un flash -le soleil se reflétant dans le pare-brise de la voiture-, des bouches ouvertes sur des cris muets -elle avait vécu toute la scène dans un silence profond, les sons ne lui parvenaient plus-, sa certitude de ce qui allait suivre -comme si elle avait fait un bond de quelques secondes dans le temps-, son propre cri alors que Ben la poussait sur le côté.

Ben...penser à lui la plia en deux. Elle vomit.

Ben...à 4 pattes dans le couloir, elle revit le sang, son sang. Elle revit son corps, qui disparaissait à moitié sous la voiture.

BEN...elle aurait voulu hurler mais un hoquet violent l'en empêcha. Elle se laissa rouler par terre, se mit en boule sur le côté, ferma les yeux et sombra dans l'inconscience.
Lorsqu'elle revint à elle, il faisait nuit dans l'appartement. Comme un automate, elle entreprit de nettoyer, prit une douche et alla se coucher.
Demai il faudrait leur dire, leur annoncer la nouvelle : ils allaient avoir un enfant. Elle était enceinte de 4 mois.




Elle traversa sa grossesse dans un état second. Ils l'avaient tant désiré cet enfant. Ils en avaient parlé des nuits entières, pelotonnés l'un contre l'autre, à chuchoter, à l'inventer, à le créer, l'imaginer. Ils avaient même déjà choisi son nom. Chaque fois qu'elle y repensait, elle avait la nausée. Ben ne connaitrait jamais leur enfant. Ils ne savaient même pas qu'elle était enceinte quand la voiture le lui avait volé.
Elle n'en voulait pas de cet enfant, pas comme ça, pas dans ces conditions, mais elle avait fait un rêve la nuit où elle avait su, et Ben lui avait demandé de le garder, il avait souri, il était ému. Elle l'avait senti caresser son ventre, mais quand elle avait voulu retenir sa main, elle n'avait rencontré que le vide.
Elle avait voulu croire que c'était un signe et avait laissé grandir l'enfant en elle sans plus s'en soucier que ça.

 

 

 

 

La douleur la tordit en deux et lui coupa le souffle. La douleur venait de lui rappeler qu'elle était vivante et que l'enfant manifestait son envie de sortir. Elle s'agrippa au lit et appela une infirmière (elle était hospitalisée depuis un mois pour risque d'accouchement prématuré.) On la conduisit en salle d'accouchement, le travail était déjà bien avancé. Elle avait mal mais refusa la péridurale. Elle ne s'était pas sentie aussi vivante depuis 9 mois, pas question de les laisser lui prendre ça !

Plus l'enfant cheminait vers la sortie, plus elle eut l'impression de reprendre pied. Pour la première fois depuis des semaines, elle prit conscience de son environnement sonore et des gens qui s'activaient autour d'elle. Si elle n'avait pas eu aussi mal, elle aurait ri. Une contraction, plus douloureuse que les autres fit vaciller sa conscience. Elle était faible et pousser recquiérait toute sa maigre énergie. Elle perçut une main qui pressait la sienne et tourna la tête : Ben était à ses côtés et l'encourageait en silence, le sourire aux lèvres. Elle se concentra sur ce qu'on lui demandait et trouva la force de pousser encore une fois. Elle sentit alors une masse souple et chaude glisser hors d'elle, puis on lui présenta l'enfant.

Et le temps s'arrêta une nouvelle fois...

Un sanglot profond monta en elle et la fit trembler. Les larmes, qu'elle n'était plus capable de verser depuis longtemps, inondèrent son visage, brouillèrent sa vision un instant. Dans la pièce, le personnel médical (qui connaissait son histoire) retenait son souffle. Puis son regard croisa celui de l'enfant, son enfant, Leur enfant et elle eut l'impression qu'une vague immense la soulevait jusqu'aux rebords du monde. Elle tendit les bras et le tint contre elle, ses yeux perdus dans les siens. La vague reflua et Lucie murmura doucement : Mon Ange.
Du coin de l'oeil, elle perçut un mouvement. Elle tourna la tête et vit Ben sortir de la salle, sa silhouette trop pâle déjà presqu'invisible. Pourtant elle vit clairement son sourire lorsqu'il se retourna pour lui faire un signe de la main.

Elle reporta son regard sur le bébé, ferma les yeux et se mit à le bercer tendrement. Elle savait que maintenant, elle ne serait plus jamais seule.

 

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Published by Magalune - dans Histoires courtes
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