Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 07:00

Voici un 3ème conte. j'espère que vous aimerez votre lecture.

 femme bleue

 

 

Il était né différent, au grand dam de ses parents, qui l'aimaient pourtant tendrement. A sa naissance, on s'était interrogé, car de mémoire d'O'mérance, jamais on n'avait vu d'invidu vert foncé ! Tous les habitants, du plus jeune au plus vieux, avaient la peau d'un bleu luisant, assortie à leurs yeux.

Sans être officiellement exclu, il vivait en reclus, mis de côté et ignoré par la société qui voyait sa différence comme une infirmité. Le rang occupé par sa famille l'avait préservé de l'exil, mais pas de l'animosité silencieuse qu'engendre la fierté orgueilleuse d'un peuple habitué à dominer et à façonner le monde à son image.

 

On le disait étrange et mystérieux. Il était de ceux qui dérangent mais attirent néanmoins les curieux.Obnubilé par sa couleur, le peuple du fond des mers avait oublié qu'il était des leurs. Parce qu'il ne leur ressemblait pas et qu'il ne s'exprimait pas tout à fait comme eux, les autres l'avaient repoussé sans chercher à le connaître mieux. Cela le rendait souvent malheureux, il aurait aimé participer à leurs jeux, leur dire qu'au fond la couleur importait peu, mais il se taisait, car quoi qu'il dise, on ne l'écoutait jamais. Il avait été relégué au banc de la société et ne pouvait participer à ses activités.

 

Il avait cependant un ami, un seul et unique ami : Moana, grâce à qui sa vie semblait moins vide. Moana et Arenui était né le même jour, à la même heure, au même endroit. Leurs mères ne se connaissaient pas avant cela, et ne se seraient peut-être jamais parlé sans l'arrivée d'Arenui, qui avait fait grand bruit. On était venu des 4 coins du pays d'O'mérance pour voir le fruit de cette étrange naissance. Les soigneurs s'étaient concertés, inquiets. Ils avaient retiré le nouveau-né à sa mère pour l'examiner, sans se soucier de ce qu'elle ressentait. La pauvre ne faisait que pleurer, elle avait tant attendu ce bébé ! Pourtant elle savait que, quelle que soit la décision des soigneurs, elle garderait cet enfant qu'elle aimait déjà follement. Avec son mari, ils avaient décidé de le nommer Arenui , qui signifiait « grande vague de l'océan profond », car, en quelques secondes, il avait déjà plus secoué leur monde que les vagues des plus grosses tempêtes. La mère de Moana avait été un soutien sans pareil, et les deux enfants, qui s'entendaient à merveille, avaient grandi ensemble, en dépit de l'avis des autres et de leurs sombres conseils.

 

Puis l'heure était venu pour Moana d'intégrer sa place dans la société. Il était parti étudier à l'autre bout de la contrée, laissant derrière lui son ami qu'aucun centre de formation n'avait admis. Ses parents ne s'étaient pas laissés décourager et avaient fini par dénicher un vieil homme à la voix enrouée qui avait accepté d'instruire leur fils adoré. Il avait servi son peuple dans l'armée, et disait avoir vu bien des curiosités, aussi ne fut-il pas surpris lorsqu'il fut présenté à Arenui. Celui-ci ne se lassait jamais d'entendre son maître raconter son passé et ses épopées. Il le soupçonnait d'enjoliver parfois la réalité, mais savourait les récits qui lui étaient contés. Pour passer le temps et chasser son ennui, Arenui dévorait tous les livres qu'il trouvait, et bientôt, son savoir dépassa celui du vieil homme qui, avant de quitter son élève, lui fit promettre de ne pas oublier ses rêves.

 

Lorsque les courants ramenaient Moana chez lui pour des vacances, les deux amis n'en finissaient pas d'échanger leurs connaissances. Arenui voyageait et découvrait son pays à travers les souvenirs que lui racontait Moana. Ils restaient de longues heures, entre deux eaux, à se raconter leurs joies et leurs malheurs, ballotés par les flots.

Un jour pourtant, Moana ne rentrât pas, ni aucun des condisciples qui l'accompagnaient. Il arrivait que des tempêtes plus grosses que les autres retardent les étudiants, mais au bout de 3 jours, on commenca à trouver cela inquiétant ! L'angoisse se répandit parmi le peule de la mer lorsque le 4ème jour, un jeune homme à l'allure grossière et au torse lacéré de profondes entailles vint annoncer qu'ils avaient été attaqués et fait prisonniers par ceux d'en haut. Il était parvenu à s'échapper quand ils avaient été hissés dans leur bateau. Un long silence suvit cette déclaration. Sur tous les visages se lisait l'horreur et l'appréhension, car au fil des siècles, ceux des leurs qui avaient ainsi disparu ne leur avaient jamais été rendus. Ils étaient pourtant discrets mais il y avait toujours un étranger plus enclin que les autres à venir fouiner et à bouleverser leurs foyers. On ne pouvait pas voir les larmes sur leurs visages, elles se mêlaient instantanément à leur environnement, mais on les devinait dans leurs yeux plus luisant qu'à l'accoutumée, dans les plis de leurs bouches serrées pour retenir les cris de désespoir, dans leurs mains qui se tordaient ou se levaient, les poings serrés, en direction de ceux d'en haut, responsables de leurx maux.


pirate


Arenui était effondré. Dans sa tête, l'image de Moana dansait et il sentit la colère se frayer un chemin dans ses pensées. Sans bien savoir pourquoi, il repensa à son précepteur qui lui disait souvent que la valeur d'un homme ne se mesurait qu'à ses actions et non à son rang ou à ses trophées. La vie sans son ami n'avait pas grand intêrêt, vidée de ce qui en faisait l'essence, des joies qui éclairaient sa morne existence. Il prit rapidement la décision de passer à l'action. Alors qu'il réunissait quelques vivres et les armes qu'ils savaient manier, un sentiment étrange l'envahissait. Pour la première fois il se sentait en droit d'exister, pour la première fois, il sut exactement où était sa place et comment se comporter. Faisant fi des commentaires insultant qui fusaient autour de lui, il prit armes et bagages et s'élança à la recherche de son ami.

 

Il était aveuglé par sa rage trop longtemps contenue d'avoir dû s'effacer. Ses yeux d'ambre brillaient comme si son âme s'était enfin éveillée et il nageait, toujours plus loin, toujours plus haut, sans jamais se sentir fatigué. Lorsque sa tête creva la surface des eaux sombres, il crût sa dernière heure venue. Il savait bien sûr que son peuple respirait aussi bien sur terre que dans la mer, mais n'ayant jamais été autorisé à participer aux expéditions de la cité, il ne découvrait qu'aujourd'hui l'étonnante sensation de l'air frais s'engouffrant dans ses poumons. Un instant il fut pris de panique et de vertiges puis l'impression d'étouffer se dissipa et il recouvra l'usage de son esprit et de ses sens. Il s'abandonna un moment à la contemplation de ce monde qu'il avait tant de fois imaginé lors de ses lectures avant d'être ramené à la réalité par une odeur pestilentielle.

 

Autour de lui les flots clapotaient calmement mais ils laissaient sur sa peau un film luisant et collant. Il était certainement le citoyen le plus érudit de son pays,puisqu'il avait passé sont temps à lire et à étudier, aussi reconnût-il sans mal ce que les livres appellaient «carburant ». Et qui disait carburant, disait ennemi droit devant ! Tout en remontant cette trace, il nourrissait des pensées amères : Ah ! Il était beu le peuple de la mer que l'on disait si fier ! Où était-il en ce moment, alors que ses habitants avaient tant besoin de lui ! Que faisait-il pour porter secours à ses ressortissants, à son ami ?!. C'était lui, Arenui, qui courrait au devant du danger pour sauver des gens qui l'avaient toujours ignoré ! C'était lui, que l'on disait benêt pour n'avoir jamais chercher à le connaître, qui partait les secourir ! C'était lui, malgré sa différence, qui n'avait pas eu besoin de réfléchir pour savoir où était son devoir ! Tous à ses pensées, il n'avait pas vu le bâtiment qui le précédait et faillit le percuter. Encore une fois, il fut impressionné de voir se dresser devant lui une des images qui avait bercé son enfance. Combien de fois avait-il rêvé de bateaux et de galions, de gouvernail, de grand-voile et de rangées de ponts ? Il en fit le tour, prudemment. A bord, on chantait, on semblait content. Il entendait des rires et de la musique mais aussi les plaintes sourdes des siens qui gisaient dans les cales, blessés, aveuglés, sans espoir de pouvoir s'échapper. On racontait les pires horreurs sur les habitants des terres, et les prisonniers redoutaient d'arriver à destination.


 


Il suivit le bateau plusierus jours jusqu'à ce qu'il accoste, de nuit ,dans une baie aux abords luxuriants. Les captifs furent exhibés sans ménagement sous les rires gras et les quolibets des badauds. Arenui ne comprenait pas ce qu'ils disaient mais l'intonation de leurs voix ne laissaient aucun doute sur la teneur des discours. L'obscurité et la couleur qui lui avait valu d'être aliéné lui permirent de se fondre dans le décors, mais il failli trahir sa présence quand il aperçut Moana parmi l'assistance. Son ami n'avait pas été épargné, des croûtes recouvraient des plaies boursoufflées. Pourtant il ne baissait pas les yeux devant la foule de curieux et Arenui frissonna, rattrapé un instant par des flashs de son passé, lorsqu'il était exposé aux regards malveillants de ceux qui auraient dû être de son côté.

Moana et ses camarades furent de nouveau descendus dans les cales. Deux hommes furent désignés pour monter la garde tandis que le reste de l'équipage s'éloigna en direction de ce qu'Arenui reconnut comme étant une taverne. Il savait que ceux d'en haut aimaient boire à en perdre la raison. Il se demandait toujours comment agir lorsque l'un des hommes s'approcha des fourrés dans lesquels il s'était dissimulé. L'instinct prit le pas sur la logique et la raison et il se dressa face à l'homme, qu'il prit à la gorge pour l'empêcher de crier. Il sonda son regard et n'y lut que de la stupéfaction bientôt remplacée par une peur brute, animale propre à toutes les espèces de la création face à un danger inconnu. Arenui serra juste assez pour lui faire perdre conscience, avant de s'élancer furtivement vers son compagnon, resté à quai, dénué de méfiance. La stupeur les paralysa tous deux quand ils se trouvèrent nez à nez. Les yeux ambré de l'un se perdaient dans le regard bleu ,jadis luisant, de l'autre. Le gardien était l'un des leurs, bien qu'Arénui ne le reconnut pas. Il était de frêle constitution mais sa peau bleutée indiquait son appartenance à la mer. « Qui es-tu ? » lui souffla t-il au visage, « comment peux-tu être le bourreau de ton propre peuple? ».

L'autre recula en levant les mains et lui répondit dans un murmure effrayé, à peine audible :  « je n'ai pas le choix. Si je ne fais pas ce qu'ils disent, ils tueront ma famille. Cela fait partie des humiliations qu'ils nous infligent.Je me souviens de toi, quand tu es né nous avons fait le déplacement pour te voir. C'est sur le chemin du retour que nous avons été capturés. Je t'en prie, épargne moi. »

Encore interdit par cette rencontre plus qu'imrpobable, Arenui s'entendit lui répondre comme dans un rêve : « je suis venu libérer les miens. Laisse moi leur parler. S'ils acceptent que nous unissions nos forces, alors toi et ta famille pourrez repartir avec nous. »

 

Lorsqu'Arenui pénétra dans la cale, il fut accueilli comme jamais il n'aurait espérer l'être. Moana lui donna une longue accolade. Losque les autres voulurent faire de même, il recula d'un pas, peu habitué à ce genre de démonstration. Les autres baissèrent le regard, gênés par ce qu'impliquait cette hésitation, mais Arenui les mit vite au courant de ce qui allait suivre. Tous ensemble ils émergèrent à l'air libre. L'un d'entre eux resta avec leur gardien, pour ne pas alerter ceux d'en haut s'ils sortaient et ne voyaient qu'une sentinelle. L'opération leur sembla exagérément facile. Ceux d'en haut n'imaginaient pas un instant qu'on put les défier et n'avaient pris aucune précaution pouvant pallier à une évasion. Ils plongèrent ensemble dans les bras de la mer pour s'en retourner chez eux. On les accueillit à bras ouverts, en héros valeureux.Lorsque ses compagnons racontèrent l'aventure, les regards se firent honteux. Un silence pesant s'abattit sur la foule, plus écrasant que la plus violente des houles. Le seigneur d'O'mérance s'avança alors d'un pas . Il regarda Arenui droit dans les yeux et déclara : « nous avons été injustes envers toi. Parce que ta couleur diffère de la nôtre nous t'avons fait vivre l'enfer. Aujourd'hui nous avons appris une chose : peu importe l'apparence, nous sommes tous frères de naissance. Peu importe la couleur et les diférences, nos coeurs battent tous à la même cadence. Nous te devons la vie de plusieurs de nos pairs mais bien plus que cela, nous te devons des excuses sincères. » Autour de lui la foule s'était agenouillée, rendant hommage à celui qu'elle avait trop longtemps brimé. Ils les pria de se relever et leur dit qu'il serait content d'appartenir à la cité. Fourbu par tant de péripéties, Moana et son ami se retirèrent dans leurs quartiers sous les hourras joyeux des habitants bien heureux de ce dénouement.

 

C'est ainsi qu'avant tout le monde, le peuple d'O'mérance apprit la tolérance et fit une richesse des différences. Il faut croire que la sagesse et la connaissance du peuple de la mer ne sont pas encore parvenues à nos frontières...


Repost 0
Published by Magalune - dans contes
commenter cet article
29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 09:05

Voici un autre petit conte, j'espère que vous trouverez du plaisir à le lire, bien que ce soit plus long que ce que j'écris en général. Merci :-)

 

 

 

l-arbre-de-l-amour-490x699

 

 

 

 

Dans une lointaine contrée, dont le nom a été oublié, vivait une reine répondant au doux nom d'Esmée.L'histoire aurait pu être belle si le roi, son mari, avait su faire d'elle une femme épanouie. Mais l'homme était vil et tyrannique. Le peuple, jamais tranquille, redoutait sa nature despotique. Il ne concevait pas que l'on puisse lui résister, mépriser ses lois ou critiquer ses idées. Esmée, tout comme ses sujets, se devait de se plier à sa volonté. Gare à celui qui se mettait en travers de son chemin ou qui contrariait les plans du châtelain. La reine n'était jamais parvenue à adoucir son tempérament et avait appris à subir ses assauts silencieusement.

 

Elle avait, cependant, un secret. Un secret qui lui rendait la vie moins pénible et le cœur plus léger. Enfant, on lui avait appris l'obéissance, sans jamais lui parler d'amour, et elle n'avait pas eu conscience que son cœur était gourd, jusqu'à sa rencontre avec Justin...

Justin, qu'elle avait rencontré l'année précédente, alors qu'il amenait au dispensaire sa mère mourante. Justin, qui d'un seul regard avait fait chavirer sa raison et son cœur, Justin, dont elle avait immédiatement aimé l'odeur. Deux fois par semaine, Esmée mettait au service du modeste hôpital ses talents de guérisseuse. Les gens l'appréciaient pour sa douceur et priaient pour celle qui rendait leur vie moins douloureuse.


Lorsque leurs mains se frôlèrent, la première fois, la reine fut prise d'un étrange émoi. Elle ne savait rien de ces choses là, qui font monter le rose aux joues et dont le souvenir vous tient aussi chaud qu'un épais manteau. Elle veillait sur l'aïeule avec bienveillance en attendant la venue du fils avec impatience. Au fil des ans, leur amour grandit, à l'insu du roi, trop occupé à chercher querelle et toujours marri.


 

Ils semblaient toujours se rencontrer fortuitement et Justin, pour être toujours auprès de sa bien-aimée, se fit embaucher comme jardinier au palais. Lorsqu'il arrangeait un massif, il le faisait pour elle, car il savait que, lorsqu'elle lisait sous la tonnelle, elle cherchait des yeux les petits signes qu'il avait laissés à son intention, témoins de leur dévorante passion. Les plus belles fleurs lui étaient destinée et finissaient en magnifiques bouquets qui trônaient au milieu de la salle à manger et sur les cheminées. Les fruits les plus juteux garnissaient toujours le panier que la reine faisait monter chaque jour dans ses quartiers. Leur amour était étalé partout mais eux seuls en connaissaient la combinaison et savaient reconnaître les plus petits signes de tendre attention. Ainsi la vie d'Esmée était toujours ensoleillée.

 

Bien des années passèrent sans que l'adultère ne soit découvert. Un jour, pourtant, leur bonheur prit fin lorsque le despote trouva aux pieds de sa Dame, Justin, qui lui contait fleurette en lui tenant la main. Il entra alors dans une rage folle et décida de faire du couple un symbole. Les supplications d'Esmée pour épargner son grand amour furent vaines. Elle implora à genoux, offrit d'endurer pour son crime n'importe quelle peine pourvu que Justin soit grâcié, mais le roi resta sourd à ses paroles. Il graverait une fois pour toute dans la mémoire de chacun ce qu'il en coûte de tromper le suzerain ! Un bûcher fut dressé à l'extérieur du village et tout le peuple fut convié, par les armes, à assister au carnage.

 

Un silence pesant s'était installé dans les rangs, tandis que les flammes encerclaient les amants. Même la Nature s'était tue devant l'horreur de cette scène de torture. Il n'y avait que le roi, habité par la haine, qui semblait se repaître de la scène. Mais une ombre vint obscurcir le visage déjà empreint de méchanceté lorsqu'il s'aperçut que les pêcheurs, avant de s'affaisser, s'étaient enlacés. Ainsi ils l'avaient défié jusque dans la mort... Oin verrait bien qui était le plus fort ! Ivre de la colère qui avait envahi son esprit, le souverain se dressa devant une foule abasourdie de l'entendre déclarer que désormais les mariages d'amour étaient interdits ! Il était le roi et s'octroyait par conséquent le droit de décider de toutes les unions futures. On cria à l'injustice et au soulèvement mais l'armée eut tôt fait de mater la révolte. Le tyran, lui, s'en retourna au château, l'air faussement désinvolte. L'affront dont il avait été la cible avait décuplé sa paranoïa et son sentiment de persécution. Quiconque s'opposait donc à ses décisions était aussitôt occis de quelque horrible façon. La contrée connût une ère de terreur sans nom.

 

Quelques mois plus tard, aux abords du village, on vit pousser un arbre à l'étrange feuillage. Le bois en était noir et tordu et contrastait avec les feuilles d'une blancheur d'ivoire qui recouvraient les branches nues. Les villageois virent, dans ce curieux végétal, la survivance d'un amour détruit par le mal, et les amants clandestins prirent l'habitude de venir se réfugier ici, à l'abri de la ramure imposante qui leur assurait une discrétion enveloppante. Au printemps, des fruits lourds et gorgés de jus, à l'aspect brillant, alourdirent les branches. Les habitants s'en régalèrent et en vantèrent le goût surprenant. Le roi eut tôt fait d'être mis au courant et donna l'ordre d'abattre l'arbre qui, étrangement, résista aux coups assenés férocement, Son aspect fragile faisait oublier son tronc solide. Le roi, livide d'être de nouveau mis au défi, arracha aux mains de sa garde une hâche et s'avança vers l'arbre, l'air terriblement hostile. Il se produisit alors une chose étrange, à la source de la rumeur qui court encore aujourd'hui. Le despote, en plein élan, sembla se prendre les pieds dans une racine et chuta. Le fil tranchant de l'arme, en retombant, coupa net la tête du tyran, qui vint rouler aux pieds de la foule éberluée.

 

Le roi, honni de ses sujets, ne fut pas pleuré et vite enterré. Il avait voulu faire d'Esmée et de Justin le symbole de son autorité abusive. Les villageaois, eux, qui voyaient dans cet arbre majestueux la perpétuation de leur amour, en firent un symbole de Justice. Ainsi dans certains pays du monde tel que nous le connaissons aujourd'hui, les décisions judiciaires sont toujours prises et rendues sous l'arbre le plus imposant du village ou de ses alentours.

 

Bien des années après, on chantait aux enfants du village, pour s'endormir, la fabuleuse histoire d'Esmée de Justin et du roi tyran qui croyait être plus puissant que l'Amour. Les petits galopins attendaient avec impatience le passage de la mort bien méritée du vilain.

 

C'est depuis ce temps là que l'on dit que l'Amour triomphe de tout, même du trépas...

 

l-arbre-de-l-amour-490x699

Repost 0
Published by Magalune - dans contes
commenter cet article
8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 11:04

 Voici un conte court  publié il y a quelques mois déjà. je sais que les textes longs rebutent mais c'est un écrit qui me tient à coeur. Hier, jenny a laissé hier pour la première fois un commentaire et j'ai eu envie de faire remonter ce texte et de vous l'offrir à nouveau. En espérant que vous l'apprécierez, si vous prenez le temps de le lire...merci :-)

   

 

    Le silence régnait dans la maison et dans le coeur du petit garçon. Recroquevillé sous l'escalier, Thibaud essayait de lui échapper. Depuis quelques jours, l'endroit était devenu son refuge, petit coin retiré à l'abri de tous leurs discours, leurs tristes subterfuges. A 8 ans, on est bien assez grand pour réaliser l'absence et le manque, pourquoi alors les adultes cachaient-ils leurs larmes sous des airs de saltimbanques ?


     Son grand-père était parti...loin des siens, pour rejoindre le Paradis... Enfin c'est ce qu'on lui avait dit ! Mais c'était où, ça, le Paradis ? Et pourquoi tant de mascarades , de faux-semblants, de dérobades ? Il avait saisi quelques mots au vol, quand les adultes le pensaient hors de portée de leurs paroles...Le silence envahissait aussi leur tête, leur coeur n'était plus à la fête, tous affichaient une mine défaite.


     Pelotonné sous son escalier, Thibaud pleurait. Il avait compris qu'il ne le verrait plus, que les courses poursuites et les fou-rires avaient disparus. Il ne sentirait plus sa joue piquante pressée contre la sienne, ni son odeur de menthe dégagée par ses bonbons à l'ancienne. Aujourd'hui le manque de sa présence était plus vif encore que les jours précédents et les sanglots secouaient son corps de désespérance. Thibaud s'endormit, fatigué par tant de souffrance.


     La tête posée sur ses genoux qu'il enserrait de ses bras, il entendit soudain un tintement semblant crever le silence avec fracas. Levant les yeux, il découvrit au-travers de ses larmes un éclat vif et scintillant d'où semblait émaner l'étrange tintement. Quand on a 8 ans et qu'on est un petit garçon, on ne reste pas insensible à la magie d'une telle apparition...L'éclatante lumière se mit en mouvement, semblant inciter le garçon à suivre son cheminement.


     Maintenant poussé par la curiosité, Thibaud traversait la maison à la suite de la lumière enchantée. Les adultes, trop occupés à faire semblant, ne remarquèrent pas la présence insolite du doux scintillement. Parvenu à l'entrée du grenier, la lumière stoppa net et Thibaud vit une porte apparaître là où d'ordinaire ne se trouvaient que de vieilles fenêtres. Pas du tout inquiet et rassuré par la clarté qui en émanait, il poussa la porte qui s'ouvrit sur une pièce aux volets fermés.


     Un peu désorienté par l'obscurité, Thibaud hésitait à avancer, mais son esprit de petit garçon pris le pas sur ce que lui dictait sa raison et, comme dans un rêve, se vit ouvrir tout grand les volets aux couleurs passées. Ce qu'il contempla alors le laissa sans voix : devant lui se dressait une immense prairie dans laquelle dansaient une myriade de lumières semblables à celle qu'il avait suivie. Et c'est alors qu'il entendit la musique...


    Emerveillé par ce spectacle hors du commun, le garçon se retrouva, sans bien savoir comment, au milieu de la prairie imprégnée d'un parfum qu'il connaissait bien... Il lui sembla également reconnaître une voix qui le guida à travers l'océan de verdure et de lumières avec une bienveillance qui lui parût coutumière...


     Ses pas le portèrent jusqu'au sein d'une clairière baignée d'une clarté tamisée. Ici la musique était plus douce et Thibaud percevait des mots chuchotés. Lentement ses sens s'accoutumèrent à ce nouvel environnement et ce qu'il vit le saisit d'étonnement : au coeur de ce ballet désordonné trônait un arbre gigantesque aux branches irisées. La voix familière perçue un peu plus tôt retentit alors aux oreilles de Thibaud.

C'était bien celle de son grand-père dont il pleurait l'absence. Du sein de cette lumière il lui conta sa nouvelle existence. C'était au coeur de ce monde que les âmes vivaient, chaque lumière était un souvenir de l'être disparu et aimé. L'arbre se nourrissait de la chaleur de ces pensées et en retour offrait aux âmes ce havre de tranquillité. Chaque personne disparue de ce monde vivait là-bas tant que ceux qui la chérissaient pensaient à lui ici-bas. Thibaud comprit que son grand-père pouvait encore vivre en lui, tant qu'il se le remémorerait, l'aïeul ferait partie de sa vie.


     Le garçon eut soudain un sursaut, de très loin il entendait des voix qui l'appelaient : « Thibaud, Thibaud ». Quand il ouvrît les yeux la clairière avait disparue, à sa place l'escalier sous lequel il s'était reclus. Etait-ce juste un rêve ou l'avait-il vraiment vue ? Thibaud se leva pour rejoindre sa mère qui l'appelait, l'esprit encore confus et le coeur lourd d'avoir seulement rêvé... C'est alors qu'il entendit cette musique qu'il reconnaîtrait maintenant entre toutes et il sut que tout était vrai, sans aucun doute...

 

monticule-des-ames

Repost 0
Published by laplumedemagalune.over-blog.com - dans contes
commenter cet article

Présentation

  • : la plume de Magalune.over-blog.com
  •  la plume de Magalune.over-blog.com
  • : Quelques mots et histoires à partager, que ma plume capricieuse consent parfois à livrer.
  • Contact

Ecrire c'est...

« Il ne faut écrire qu'au moment où chaque fois que tu trempes ta plume dans l'encre, un morceau de ta chair reste dans l'encrier. »  

 

-Tolstoï-

AVERTISSEMENT

Toutes les photos utilisées sur ce blog sont prises au hasard sur internet. Si vous reconnaissez l'une des vôtres, n'hésitez pas à m'avertir si vous voulez que je la retire. je ne sais pas toujours quelles images sont libres de droit ou pas. Merci et bonne lecture !

Archives