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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 13:09

je relève le défi  de la semaine de la communauté des Croqueurs de mots, dont les consignes étaient les suivantes :

 

le-defi

 

Défi n° 78  « Veillée contes » consigne proposée par :

http://lepanierahistoiresdememette.over-blog.com

 

Il était une fois … ainsi commencent souvent les contes.

 

A votre tour, choisissez un héros (ou une héroïne) parmi les personnages de contes: Petit Chaperon Rouge, Belle au Bois Dormant, Petit Poucet… transposez-le à notre époque, dépoussiérez le contexte, imaginez des rencontres improbables, accommodez l’histoire à votre sauce, faites-nous rire, trembler, frémir...

A vos plumes !

 

Voici ma participation :

 

 

 

Au Loup

 

 

Elle n'était pas née de la dernière pluie. Elle était trop grande maintenant pour croire à ce genre de fadaises, dont les adultes usaient de façon abusive pour forcer les enfants à obéir et à se tenir tranquille. Aussi, quand sa mère l'avait mise en garde contre une rencontre probable avec la Bête, s'était-elle contentée de ricaner et de lever les yeux au ciel en haussant les épaules comme seules les adolescentes savent le faire.

 

Tout en se préparant à aller voir sa grand-mère à l'autre bout de la ville, elle s'était mise à chantonner cet air entêtant que sa soeur avait appris à l'école et qu'elle lui serinait à longueur de journée : "qui a peur du grand méchant loup, méchant loup, méchant loup. Qui a peur du grand méchant loup, c'est p't'être vous, c'est pas nous..." et dont le reste des paroles lui échappait.

 

Nina aimait visiter son aieüle. Elle était encore fringante et dynamique, avait toujours quelques histoires drôles en réserve et l'emmenait même parfois danser. On était loin du cliché de la mamie gâteau ou acariâtre qui sévissait dans le foyer de presque toutes ses amies, et la jeune fille raffolait des moments passés en sa compagnie.

Louisette, puisque c'était le nom de sa grand-mère, vivait dans un petit pavillon de banlieue. Dix ans auparavant, elle avait tenu tête aux promoteurs qui l'avaient harcelée pour qu'elle leur vende à la fois les murs et le terrain et s'était peu à peu vu encercler par des barres d'immeubles, toutes plus disgracieuses les unes que les autres. Sa maison, bien que perdue au milieu d'une jungle de béton, gardait tout son caractère, comme sa propriétaire. De nature joviale et expansive, Louisette avait rapidement su conquérir l'âme de la cité alentours et n'était que rarement importunée.

 

Elle recueillait souvent les jeunes dans la détresse ou les mères en difficultés. Elle participait volontiers aux fêtes de quartier et était souvent invitée chez les uns et les autres. Depuis quelques semaines, Nina avait une raison supplémentaire d'attendre cette visite hebdomadaire avec impatience. Sa grand-mère avait pris sous son aile un jeune homme silencieux à l'aura mystérieuse, aux yeux d'un noir profond, son visage fin encadré de longs cheveux noirs qui lui tombaient sur les épaules. Nina était certaine qu'il était au moins aussi troublé qu'elle lorsqu'ils se trouvaient en présence l'un de l'autre. Penser à Terry faisait battre son coeur plus vite, et elle se surprit à sourire béatement à sa seule pensée. En croisant le regard hilare du passager qui lui faisait face dans le bus, elle se reprit, sans toutefois cesser de sourire intérieurement. Depuis trois semaines environ, ils avaient réussi à surmonter leur timidé respective et avaient pris l'habitude de papoter de tout et de rien en prêtant une oreille distraite au babillage de Louisette, qui couvait les deux adolescents d'un regard entendu.

 

Toute à ses pensées, ce n'est qu'une fois arrivée dans la cuisine de la petite maison que Nina prit conscience que quelque chose n'allait pas. L'atmosphère semblait chargée d'électricité négative et les poils de ses avant-bras s'étaient dressés presque douloureusement. Elle appella plusieurs fois, en vain. Elle entreprit de monter à l'étage, l'angoisse chevillée au coeur. Elle avait vu la tasse brisée et le thé répandu sur le sol de la cuisine. Sa raison lui hurlait de prendre ses jambes à son cou mais son inquiétude pour sa grand-mère chassa momentanément cette pensée. Elle se figea en haut de l'escalier lorsqu'elle entendit un bruit sourd dans la chambre de Louisette et le parquet grincer méchamment. Elle s'avisa soudain qu'elle avait oublié de respirer pendant quelques secondes, quelques minutes peut-être, elle ne savait plus, quand elle inspira profondément pour reprendre son souffle. Ses mains, moites, étaient plaquées sur sa bouche dans un effort désespéré pour retenir le cri qui avait enflé dans sa gorge lorsqu'elle avait aperçu le tabouret de la coiffeuse de Louisette renversé et tâché de sang à l'entrée de sa chambre. Elle aurait voulu tourner les talons et fuir, fuir le plus loin possible, courir jusqu'à en avoir mal et hurler "Au Loup" à s'en déchirer les cordes vocales, quand bien même cette pensée saugrenue l'avait fait ricaner une heure plus tôt. Quand terry apparût sur le seuil de la pièce, un méchant sourire sur les lèvres, Nina fut prise d'une terreur sans nom. Elle pensa à sa mère, elle pensa qu'elle aurait aimé se réfugier dans ses bras protecteurs, comme lorsqu'elle était petite et que son étreinte avait encore le pouvoir de chasser tous les monstres qui lui faisaient peur. Elle aurait voulu fuir, s'échapper, disparaître mais se faisait l'effet d'être un insecte pris dans les phares d'une voiture et incapable d'échapper à l'attrait hypnotique de leur lumière.

 

Alors que Terry s'avançait vers elle en lui crachant qu'il l'avait attendue, elle songea qu'elle aurait dû accorder plus de crédit aux contes de son enfance qui enseignaient que pour parvenir à ses fins, le Loup savait prendre l'apparence d'un agneau...

 

loup.jpg

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Published by Magalune - dans Histoires courtes
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commentaires

Nais' 07/07/2012 13:59

D'accord, tu me diras ^^
Ton conte est plus effrayant que le mien, c'est sur. En tout cas j'ai adoré ! Tu écris très bien les contes, de facon à la fois authentique et moderne

Magalune 08/07/2012 12:27



merci beaucoup :-)


passe une bonne journée



Nais' 06/07/2012 20:14

C'est drôle, j'ai aussi repris le petit chaperon rouge ! ^^
Ce texte m'a beaucoup plu, c'est très bien amené !

Magalune 07/07/2012 13:40



Ah !! je savais que ton pseudo me disait quelque chose. j'ai donc dû aller lire ton texte sur le petit chaperon rouge. Je m'en souviendrai vite quand je retomberai dessus au fil de ton blog.



enriqueta 28/04/2012 11:00

Ouh! ça fait froid dans le dos! L'homme est un loup pour l'homme. Heureusement que je ne lis pas cela avant de dormir.
Oui, les contes expriment à leur manière de terribles réalités.

Magalune 28/04/2012 12:39



Il en a toujours été ainsi, et c'est une bonne chose. les enfants doivent savoir que les bisounours n'existent qu'à la télévision :-)


A bientôt



Tricôtine 22/04/2012 23:32

c'est encore plus terrible que ce que je me souviens de l'original !! je m'aperçois que l'histoire est éternelle à te lire !merci Magalune :0)

Magalune 23/04/2012 20:48



Merci à toi pour ton commentaire. L'histoire est la hauteur de notre société actuelle ma foi je crois. mais le message reste inchangé comme tu l'as souligné :-)


Merci d'être passée


Amitiés



plumelegere67 12/04/2012 09:50

Défi réussi ! bises

Magalune 15/04/2012 17:22



merci :-)



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