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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 12:39

 

 

 

Le hasard a frappé aux portes de ma vie,

Un éclat de lumière en pleine obscurité,

Une once de couleur au milieu de ce gris

Dont tout mon univers était tapissé.

 

L'espoir s'est immiscé au coeur de mon brouillard,

Un rayon de soleil, une éclaircie surprise,

Un regain de chaleur venu de nulle part

Chassant le froid glacial dont j'étais sous l'emprise.

 

L'Amour s'est invité de façon cavalière,

Sans y être convié ni même prévenir.

Il a pris ses quartiers sans plus de manière,

Ignorant mon angoisse et mon envie de fuir.

 

Mais à bien y penser, au-delà de ma peur,

C'est un cadeau précieux que j'aime à partager,

Un trésor délicat qui réchauffe mon coeur,

Un retour à la vie hier inespéré.

 

 

 


 

 

 

Une histoire compliquée, un équilibre des plus fragiles et la peur qui ne me quitte pas mais qu'il est bon de me sentir  à nouveau vivante !! ça faisait longtemps que ça ne m'était plus arrivé.

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 20:48

 

 

Il y a des absents qu'on ne peut oublier

Malgré tous les efforts pour ne plus y penser,

Malgré tous les regrets, les attentes déçues,

La confiance émoussée, les illusions perdues.

 

Il y a de ces gens dont on porte l'empreinte

Au plus profond de soi, étrange labyrinthe,

Sans bien savoir pourquoi, sans bien savoir comment

A pu s'enraciner semblable sentiment.

 

Peu importe le temps que dure le silence,

Ou bien l'éloignement, la trop grande distance.

Peu importe les maux qu'engendre l'abandon,

La foi en un tel lien transcende la raison.

 

 

1244435400.jpg

 

A ces quelques personnes qui me manquent encore terriblement malgré tout.

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 08:00

le-defi

 

Je réponds au défi lancé par Hauteclaire :

 

Il ou elle a disparu dans des circonstances étranges, tragiques, mystérieuses. L'histoire dit que ses jours se sont arrêtés, et que le livre est fermé.

Pourtant ....

Vous avez retrouvé un document, une archive, dans le fond de votre grenier, dans un rayonnage de bibliothèque poussiereux, et maintenant vous savez.

Vous savez que il ou elle n'a pas fini ses jours comme il a été dit, que tout n'a pas été dit, et que cette personne a vécu , ailleurs, dans le secret.

Il est temps de lever le voile, à vous de le faire ! De nous dire comment c'est arrivé et  ce que cette personne est devenue, après ...

 

 

Il n'y a pas de hasard

 

 

Mon très cher frère,

 

 

C'est étrange comme la vie peut parfois vous surprendre...

A 80 ans passés, on en n'attend plus grand chose, on se dit que le plus gros de notre existence est derrière nous, on vit au jour le jour pour ne pas penser à demain alors qu'on s'accorde parfois une escale dans le passé. Ce passé qui est soudain redevenu mon présent et que je veux inscrire dans mon avenir, aussi court soit-il. L'histoire est loin d'être terminée, comme j'imaginais qu'elle l'était. Cette lettre est une page que j'ajoute au livre de ma vie, une page que je te dédie, une page qui, je l'espère, sera suivie d'une autre au dénouement heureux.

 

 

C'était au mois de Février, je m'en souviens comme si c'était hier. Nous étions assis au salon avec papa et maman, à discuter des mille petits riens qui avaient emplis notre journée, banale, comme les autres pensions-nous. Tu devais rentrer sous peu, nous devions aller dîner tous ensemble pour fêter la naissance de Victor, quelques jours auparavant. Nous nous réjouissions, nous ne savions pas que tout allait basculer. Pas encore.

Lorsque maman a répondu au téléphone, j'ai su que plus rien ne serait comme avant. Un long frisson m'a parcouru et le temps a semblé s'arrêter, figeant tout autour de moi dans la pièce les images, les odeurs, les sons, les expressions des visages, les postures de nos corps, les derniers mots insousciants prononcés.

J'avais 15 ans, et nous ne fêterions jamais plus notre anniversaire ensemble. Nous ne nous chamaillerions jamais plus pour le choix de notre gâteau, la couleur de nos bougies, la liste des gens à inviter. J'avais 15 ans et je découvrais trop tôt la douleur de perdre un être cher, toi...mon jumeau.

 

Je ne me souviens pas des jours qui ont suivi et à peine des années qui se sont écoulées ensuite. Dans notre maison le temps n'a jamais repris sa course. Nous avons traversé la vie sans la voir, en silence et dans la plus grande indifférence. J'avais peut-être 20 ans la première fois que j'ai souri de nouveau. Je venais d'entrer en fac de médecine dans l'optique de devenir médecin légiste, un choix dicté par ta disparition je suppose, disparition que je n'ai jamais acceptée malgré les preuves que l'on a bien voulu nous fournir à l'époque. Le lien qui nous unissait perdurait, j'étais certain que si tu avais vraiment trouvé la mort ce jour là je l'aurais ressenti. Aujourd'hui je sais que j'ai raison, mais sous la pression des médecins et psychologues d'alors, je choisis d'enfouir au fond de moi cette impression et d'accepter en apparence la version des faits officielle. Avec le temps je me suis convaincu que je divaguais sans toutefois parvenir à faire taire cette petite voix qui me soufflait que tu étais toujours vivant, quelque part dans ce monde. T'ai-je manqué autant que tu m'as manqué ? As-tu jamais regretté ton choix ? As-tu jamais été tenté de revenir, ne serait-ce que pour nous voir de loin ? Je trouverai sans doute bientôt les réponses à toutes ces questions.

 

C'est étrange comme le hasard fait parfois bien les choses...

Si je n'avais pas été m'asseoir sur le port ce matin, comme cela m'arrive rarement, je n'aurais jamais su que mon intuition était fondée.

Quand cette jeune femme s'est approchée de moi en m'appelant "papy" et en me demandant ce que je faisais là, j'ai eu l'impression de respirer vraiment pour la première fois depuis plus de 65 ans. Comme si tout à coup un poids m'était enlevé, comme si tout à coup je m'éveillais d'un vilain cauchemar et que la vie reprenait là où elle s'était arrêtée ce jour maudit de Février. Te rends-tu compte que je te retrouve à la date même où tu avais disparu ?

 

Il n'y a pas de hasard, je n'y ai jamais cru.

 

 

Johan

 

 

 

On ne peut pas dire que j'ai vraiment respecté la consigne à la lettre, mais j'ai pris du plaisir à écrire ce texte; Ce défi aura eu l'avantage de me remettre le pied à l'étrier. merci Hauteclaire :-)

 

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 14:58

 

 

 

 

Le jour était en train de se lever, l'aube sur le point de grignoter les derniers lambeaux de nuit qui s'accrochaient encore dans le ciel, comme s'ils avaient compris qu'elle aurait voulu retenir cet instant là entre tout autre, entre deux eaux, entre deux rives, entre deux mondes.

 

Le jour était en train de se lever et déjà elle regrettait ces heures sombres propices aux confidences, au laisser-aller, à la libération de l'âme. Ces heures durant lesquelles, enveloppée par les ombres, bercée par le scintillement discret des étoiles et le halo de la lune, elle avait pu être elle-même, sans artifice, sans faux-semblant, débarassée de cette retenue qui l'incitait d'ordinaire à présenter au monde un visage qui ne lui ressemblait pas.

 

Tandis que la clarté pâle du soleil émergeait pour saluer ce nouveau jour, enroulée dans son plaid moelleux, elle eut l'impression de s'éveiller à la vie consciente pour la première fois depuis longtemps. Le silence avait remplacé les mots échangés à mi-voix tout au long de la nuit, la légèreté de l'instant s'évanouissait lentement ; il lui semblait presque pouvoir en suivre la progression ascendante à travers les cieux. Elle ferma les yeux pour profiter un peu plus longtemps de la douceur des heures passées, pour retenir encore un peu cette sensation de paix profonde qui avait empli son coeur, son corps et son esprit. Mentalement, elle se surprit à remercier la Nature de lui avoir accordé ce précieux répit, ce cadeau dont elle seule connaissait la valeur.

 

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, son regard croisa le sien, doux, chaud, assuré, brillant d'un sourire complice à peine dissimulé. Un regard franc qu'elle n'oublierait pas, un miroir dans lequel elle avait aimé son reflet. Un instant éphémère, hors du temps, dont il lui avait fait don pour ajouter à son collier de vie. Collier encore peu fourni mais dont elle égrenait les quelques perles fragiles entre ses doigts pour se donner le courage d'avancer, pour se rappeller que les bons moments peuvent survenir n'importe où, n'importe quand, de la façon la plus inopinée, la plus surprenante qui soit. L'expression de son visage, bien plus que le "merci" qu'elle lui murmura, lui fit fit entrevoir celle qu'elle redeviendrait un jour et la reconnaissance qu'elle lui témoignait pour cet instant partagé.

 

Elle se leva, entra dans l'appartement, remit de l'ordre dans sa coiffure, lissa ses vêtements froissés, rassembla ses affaires éparpillées, se retourna une dernière fois pour faire un signe de la main à celui qu'elle ne reverrait sûrement jamais mais qui resterait à jamais gravé en elle et sortit.

 

Quand la porte de l'ascenceur s'ouvrit, une main sur son poignet lui fit tourner la tête. Il se tenait là, derrière elle, son sourire toujours caché au fond de ses yeux. Sans qu'un autre mot ne fut prononcé, il l'attira dans ses bras, leurs lèvres se rencontrèrent et un frisson les parcourut. Il la garda un moment contre lui avant de la laisser partir pour de bon.

 

Un baiser volé. Une autre perle à son collier.

 

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 22:10

 

 

Le temps s'étire, interminable,

Bien au-delà du raisonnable.

Le jour avance à reculons,

L'obscurité sur les talons.

 

La nuit chuchote à mon oreille

Ce que mon coeur veut mettre en veille,

La solitude et son ennui,

La lente mort de mon esprit.

 

La vie défile, indifférente

A la douleur, la peur latente

De s'égarer en profondeur,

De n'être plus à la hauteur.

 

Je suis une autre, une étrangère,

Une inconnue qui m'indiffère,

Une âme vide, inhabitée,

Un puits sans fond, source gelée.

 

 

images-copie-6.jpg

 

J'ai bien peur de vous ennuyer encore avec des mots qui ressemblent à tous les autres depuis un certain temps maintenant. J'essaie d'écrire sur autre chose, mais c'est peu concluant, jamais terminé.  Même écrire la douleur m'est difficile, alors le reste... J'essaierai de faire mieux pour le prochain.

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 11:04

 

 

 

Le sourire impromptu d'un parfait étranger

Aura su réchauffer cette morne journée.

Se sentir exister, même un très court instant

Donne envie d'espérer, d'être à nouveau vivant.

 

Ce regard flamboyant, charmeur il faut le dire,

A réveiller l'envie d'être aimable et de rire.

Ces moments hors du temps ensoleillent la vie,

Dépoussièrent le coeur, chassent la dysphorie.

 

Sans en avoir conscience il m'a fait un cadeau :

Sa spontanéité fut comme un chaud manteau

Dans lequel on se love au plus fort de l'hiver

Pour repousser le froid qui pénètre les chairs.

 

Bien qu'infiniment bref et des plus fragiles,

Cet instant s'est gravé, image indélébile,

Qui m'insuffle sa force et me rend le courage

De combattre le noir, de prendre l'avantage.

 

homme-moto.jpg

 

Ils sont rares les instants qui réchauffent, celui-là m'a fait du bien. Ce n'est pas assez pour sortir la tête de l'eau mais ça y contribue, c'est un trésor que je ressors de sa boîte en fer quand l'envie de hurler devient trop forte.

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 14:44

 

 

 

A vous tous qu'un jour j'ai aimés

Et que je qualifiais d'amis,

Vous à qui j'aurais tout donné,

Quel qu'ait pu en être le prix,

Sachez que vous m'avez blessée,

Laissée profondément meurtrie.

 

Quand j'aurais eu besoin de vous

Au plus profond de la tourmente,

Quand je vous pensais un atout

Pour surmonter la déferlante,

Vous m'avez assené des coups

Qui m'ont laissée agonisante.

 

Certains d'entre vous m'ont trahie,

Quand d'autres se sont détournés.

Votre silence est un mépris

Que j'ai du mal à endurer,

Vos yeux fuyants, tous vos non-dits

Me donnent envie de hurler.

 

J'aurais eu besoin de si peu

Pour croire encore en l'avenir.

Vous avez piétiné ce feu

Qui donne envie de rebondir.

Il me faut vous faire un aveu :

Je peine à ne pas vous haïr.

 

 

 

 

Pas de photo pour celui-là car j'ai des problèmes de connection. Il me faut des heures pour accéder à la moindre page, alors charger une photo est impensable. C'est également la raison pour laquelle je n'ai pas répondu à vos coms et ne viens pas sur vos blogs, ou n'y laisse pas de com, car si par miracle la page s'ouvre, il m'est impossible d'y laisser un petit mot.

 


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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 22:41

 

 

La reine du scooter, dans son petit jardin,

Les cheveux dénoués, chevauchant sa machine,

Affole le quartier, dès le petit matin,

La manette des gaz d'humeur un peu badine.

 

Qu'elle a donc fière allure avec son casque neuf,

En sillonnant les voies sur son petit bolide,

On la sent assurée, et ce n'est pas du bluff,

C'est une aventurière à l'esprit intrépide.

 

Ne vous méprenez pas sur sa légèreté :

Malgré cette apparence un rien impertinente,

Son sens de la prudence est loin d'être entamé,

Elle a assimilé qu'il faut être prudente.

 

S'il vous arrive un jour de croiser son chemin,

Sachez faire attention car comme ses semblables,

La reine du scooter, juchée sur son engin,

Est un rien exposée, tellement vulnérable...


 

31.jpg

 

 

Voilà un petit texte sans prétention écrit il y a quelques mois pour une cyber-connaisance :-)

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 19:20

 

 

Je tiens à vous informer que depuis quelques jours, je ne peux ni répondre à vos commentaires ni en laisser sur vos blogs. De plus je vais me faire opérer cette semaine des yeux et il me sera difficile pendant un temps de rester derrière un écran. Je passerai donc au compte-goutte me promener chez vous, mais toujours avec plaisir.

Mes amitiés à tous ceux qui me suivent encore.

Passez une belle semaine :-)

 

 

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 00:00





    Il ne cessait de repenser à ce que lui avait dit le vieil homme. Son esprit de flic cartésien refusait d'admettre cette explication extravagante, mais une infîme partie de sa conscience ne rejetait pas cette idée en bloc et les paroles du vieillard le narguaient, surgissant dans ses pensées à tout moment du jour ou de la nuit. Intérieurement, secrètement, il haïssait cette femme d'être ainsi entrée dans sa vie. Sarah, puisque c'était son prénom, en aurait sûrement ri si elle avait su...L'ironie de la situation ne lui aurait pas échappé. Mais elle n'était plus qu'un visage inscrit au fichier des personnes disparues.

    Parfois, quand il fixait sa photo, les prunelles sombres qui lui renvoyaient son regard semblaient lui reprocher de n'avoir pas su la (re)trouver. Parfois, au contraire, il avait l'impression d'y lire une certaine compassion, une douceur soudaine, un pardon qui l'absoudrait d'une faute qu'il aurait commise involontairement. Hugues secoua la tête et referma le dossier d'un geste rageur. Il le repoussa le plus loin possible, comme s'il pouvait ainsi le chasser également de sa mémoire. Quelle absurdité vraiment ! Comme si c'était de sa faute, à lui, si elle avait disparue ! Sa petite voix intérieure lui souffla qu'il était peut-être bien un peu coupable en effet. Si ce n'était pour Sarah directement, ça l'était sûrement pour d'autres personnes. Il jura tout bas entre ses dents et se maudit d'avoir eu la malchance de tomber sur cette affaire. N'était-ce pas justement parce qu'il savait inconsciemment qu'il avait une part de responsabilité dans cette disparition qu'il réagissait ainsi ? Il fit taire sa conscience en avalant d'un trait le verre de Sauvignon qu'il venait de se servir.

    Le dossier était pourtant banal, semblable à bien d'autres qu'il avait eu à traiter au cours de sa carrière. Il n'en n'était pas à son coup d'essai. Tellement de gens disparaissaient, se volatilisaient du jour au lendemain, sans laisser la moindre trace.  La plupart du temps, il s'agissait de personnes que leur vie ne satisfaisait plus et qui décidaient, sur un coup de tête, de tout recommencer ailleurs. Il avait eu affaire a des homicides quelquefois, ou des suicides, bien camouflés, que l'on ne résolvait que des années plus tard. Il arrivait également que les disparus n'entrent dans aucune de ces catégories : un jour ils étaient là et le lendemain n'y étaient plus. On avait beau chercher, remuer ciel et terre sur toute la planète, on n'entendait plus jamais parler d'eux. Rien ne manquait dans les affaires qu'ils avaient laissées derrière eux. C'est comme si leur passage dans ce monde n'avait été qu'une suggestion de la conscience collective, un souvenir remonté à la surface l'espace d'un instant avant de s'éteindre aussi brusquement qu'il était apparu.
    Sarah faisait partie de cette dernière catégorie. Un Lundi matin, ses collègues de travail ne la voyant pas arriver et ne parvenant pas à la joindre (fait hautement inhabituel selon leurs dires) avaient contacté la police. Ce genre de cas nétait pas prioritaire. Après tout, elle était adulte et libre de ses mouvements, mêmes s'ils ne convenaient pas à tout le monde. Quand, cinq jours plus tard, sa soeur s'inquiéta à son tour de sa disparition, une enquête avait été ouverte. Et c'est là qu'il était entré en scène. Il avait l'habitude, il pensait que c'était l'affaire de quelques jours, quelques semaines tout au plus...six mois plus tard, bien qu'il ait rendu ses conclusions officielles, il baignait toujours dedans.

    Les flics ne sont pas tout puissant. Ils ne peuvent pas tout expliquer, pas tout résoudre. Avec les années, ils apprennent à s'en accomoder, à vivre avec à défaut de l'accepter pleinement. On leur enseignait (pas toujours de façon officielle, l'expérience est la meilleure des écoles) à prendre leur distance afin qu'ils se préservent. Il n'était plus un débutant depuis longtemps mais se surprenait parfois à pleurer comme un gosse en repensant au dossier tristement banal Sarah Vidal. Au commissariat, on avait commencé à chuchoter sur son passage qu'il lui serait peut-être temps d'envisager la retraite...
Les idiots !

    Le vieil homme, voisin de Sarah, avait ouvert une faille en lui. Jadis, il aurait taxé sa réaction de sensiblerie.  C'était au temps de sa jeunesse, quand il était encore un solide gaillard entouré de sa bande d'amis, toujours prêts à faire les quatre cent coups. Aujourd'hui, il se sentait presque menacé par la discussion qu'ils avaient eue lors de l'enquête. Depuis, il rendait souvent visite à Lucien.
    Quand Ils s'étaient rencontrés, la première fois, il avait cru déceler ,dans le regard de l'homme, de la pitié à son égard, comme s'il avait su que ce qu'il avait à dire allait changer sa perception des choses à jamais, qu'il le veuille ou non. Car il n'oublierait jamais les confidences de Lucien à propos de son sentiment sur la disparition de Sarah. Elle vivait seule depuis sa rupture survenue 18 mois auparavant. Elle n'avait pas d'enfant. Elle avait pleuré sur l'épaule de son voisin une fois, au début, alors qu'il l'avait trouvée assise dans l'escalier à sangloter la tête entre ses bras. Elle l'avait évité par la suite, gênée de s'être laissée aller devant un inconnu.
Du temps de sa vie de couple, l'appartement n'était jamais vide. Des amis s'y attardaient régulièrement. C'étaient des voisins chaleureux. Du jour au lendemain, le silence s'était installé dans le trois pièces et dans la vie de Sarah. Les amis s'étaient fait discrets puis inexistants. Sa seule distraction était son travail. Elle sortait un peu : cinéma, musées, concerts, parc, mais toujours seule.
    Lucien lui avait rapporté qu'avec le temps, elle avait semblé pâlir. Les week-end, elle avait l'air plus diaphane que jamais. Les visites de sa soeur et les jours de travail paraissaient lui redonner un peu de substance. Mais plus le temps passait, plus le silence l'engloutissait. Son sourire était triste et fatigué. Il lui était arrivé de passer près d'elle dans les escaliers et de ne s'apercevoir de sa présence que quelques marches plus bas.

    A quatre vingts ans passés, le bonhomme lui avait confié qu'il avait déjà vu ça un jour, alors qu'il était encore en pleine force de l'âge et confiant en l'avenir. Il n'en n'avait pas fait grand cas à l'époque. Mais à son âge, on avait le temps de se remémorer certaines choses, de faire le lien entre les souvenirs et d'en tirer des conclusions. Il avait raconté à Hugues qu'à cette époque, sa grand-mère vivait chez lui et qu'elle lui avait expliqué à cette occasion que parfois les gens disparaissent peu à peu jusqu'à devenir transparents, effacés de la conscience des autres par leur indifférence. Le silence prenait alors toute la place, s'enracinait profondément et la personnalité lui cédait de plus en plus de terrain, jusqu'à ce que le corps lui-même rende les armes. C'est ainsi que les gens que le silence avait envahis donnaient l'impression de s'estomper au fil du temps. L'indifférence, selon elle, agissait comme une gomme. Chaque fois que l'on ignorait quelqu'un, on participait à la propagation de ce phénomène. Combien de fois dans sa carrière de flic Hugues avait-il entendu ces phrases plus tranchantes qu'une lame ? : "Ah parce que quelqu'un habitait là ? Le(ou la) décrire ? Euh non, impossible, je ne sais pas. Je le (la) croisais oui, mais je ne faisais pas attention etc" C'étaient ces phrases qui lui tournaient dans la tête maintenant. Combinées à ce que lui avait raconté Lucien, la crainte avait germé en lui. Il était un vieux briscard qui s'était donné corps et âme à son boulot. Que lui resterait-il à la retraite ? Rien, ni personne ! Puis la honte était venue. La grand-mère de lucien lui avait appris à se méfier de l'indifférence et du silence qu'elle semait derrière elle. Hugues, lui, s'était rendu compte qu'à l 'instar de beaucoup de ses concitoyens, il s'en nourrissait presque : on ne saluait plus, on ne se connaissait plus, les pires horreurs pouvaient survenir dans l'indifférence générale (il était bien placé pour le savoir).

Alors oui,  aujourd'hui il se considérait comme coupable de la disparition de Sarah et de tant d'autres...Il avait honte de n'avoir rien eu d'autre à leur offrir que le silence pour épitaphe.

 

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