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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 09:05

Voici un autre petit conte, j'espère que vous trouverez du plaisir à le lire, bien que ce soit plus long que ce que j'écris en général. Merci :-)

 

 

 

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Dans une lointaine contrée, dont le nom a été oublié, vivait une reine répondant au doux nom d'Esmée.L'histoire aurait pu être belle si le roi, son mari, avait su faire d'elle une femme épanouie. Mais l'homme était vil et tyrannique. Le peuple, jamais tranquille, redoutait sa nature despotique. Il ne concevait pas que l'on puisse lui résister, mépriser ses lois ou critiquer ses idées. Esmée, tout comme ses sujets, se devait de se plier à sa volonté. Gare à celui qui se mettait en travers de son chemin ou qui contrariait les plans du châtelain. La reine n'était jamais parvenue à adoucir son tempérament et avait appris à subir ses assauts silencieusement.

 

Elle avait, cependant, un secret. Un secret qui lui rendait la vie moins pénible et le cœur plus léger. Enfant, on lui avait appris l'obéissance, sans jamais lui parler d'amour, et elle n'avait pas eu conscience que son cœur était gourd, jusqu'à sa rencontre avec Justin...

Justin, qu'elle avait rencontré l'année précédente, alors qu'il amenait au dispensaire sa mère mourante. Justin, qui d'un seul regard avait fait chavirer sa raison et son cœur, Justin, dont elle avait immédiatement aimé l'odeur. Deux fois par semaine, Esmée mettait au service du modeste hôpital ses talents de guérisseuse. Les gens l'appréciaient pour sa douceur et priaient pour celle qui rendait leur vie moins douloureuse.


Lorsque leurs mains se frôlèrent, la première fois, la reine fut prise d'un étrange émoi. Elle ne savait rien de ces choses là, qui font monter le rose aux joues et dont le souvenir vous tient aussi chaud qu'un épais manteau. Elle veillait sur l'aïeule avec bienveillance en attendant la venue du fils avec impatience. Au fil des ans, leur amour grandit, à l'insu du roi, trop occupé à chercher querelle et toujours marri.


 

Ils semblaient toujours se rencontrer fortuitement et Justin, pour être toujours auprès de sa bien-aimée, se fit embaucher comme jardinier au palais. Lorsqu'il arrangeait un massif, il le faisait pour elle, car il savait que, lorsqu'elle lisait sous la tonnelle, elle cherchait des yeux les petits signes qu'il avait laissés à son intention, témoins de leur dévorante passion. Les plus belles fleurs lui étaient destinée et finissaient en magnifiques bouquets qui trônaient au milieu de la salle à manger et sur les cheminées. Les fruits les plus juteux garnissaient toujours le panier que la reine faisait monter chaque jour dans ses quartiers. Leur amour était étalé partout mais eux seuls en connaissaient la combinaison et savaient reconnaître les plus petits signes de tendre attention. Ainsi la vie d'Esmée était toujours ensoleillée.

 

Bien des années passèrent sans que l'adultère ne soit découvert. Un jour, pourtant, leur bonheur prit fin lorsque le despote trouva aux pieds de sa Dame, Justin, qui lui contait fleurette en lui tenant la main. Il entra alors dans une rage folle et décida de faire du couple un symbole. Les supplications d'Esmée pour épargner son grand amour furent vaines. Elle implora à genoux, offrit d'endurer pour son crime n'importe quelle peine pourvu que Justin soit grâcié, mais le roi resta sourd à ses paroles. Il graverait une fois pour toute dans la mémoire de chacun ce qu'il en coûte de tromper le suzerain ! Un bûcher fut dressé à l'extérieur du village et tout le peuple fut convié, par les armes, à assister au carnage.

 

Un silence pesant s'était installé dans les rangs, tandis que les flammes encerclaient les amants. Même la Nature s'était tue devant l'horreur de cette scène de torture. Il n'y avait que le roi, habité par la haine, qui semblait se repaître de la scène. Mais une ombre vint obscurcir le visage déjà empreint de méchanceté lorsqu'il s'aperçut que les pêcheurs, avant de s'affaisser, s'étaient enlacés. Ainsi ils l'avaient défié jusque dans la mort... Oin verrait bien qui était le plus fort ! Ivre de la colère qui avait envahi son esprit, le souverain se dressa devant une foule abasourdie de l'entendre déclarer que désormais les mariages d'amour étaient interdits ! Il était le roi et s'octroyait par conséquent le droit de décider de toutes les unions futures. On cria à l'injustice et au soulèvement mais l'armée eut tôt fait de mater la révolte. Le tyran, lui, s'en retourna au château, l'air faussement désinvolte. L'affront dont il avait été la cible avait décuplé sa paranoïa et son sentiment de persécution. Quiconque s'opposait donc à ses décisions était aussitôt occis de quelque horrible façon. La contrée connût une ère de terreur sans nom.

 

Quelques mois plus tard, aux abords du village, on vit pousser un arbre à l'étrange feuillage. Le bois en était noir et tordu et contrastait avec les feuilles d'une blancheur d'ivoire qui recouvraient les branches nues. Les villageois virent, dans ce curieux végétal, la survivance d'un amour détruit par le mal, et les amants clandestins prirent l'habitude de venir se réfugier ici, à l'abri de la ramure imposante qui leur assurait une discrétion enveloppante. Au printemps, des fruits lourds et gorgés de jus, à l'aspect brillant, alourdirent les branches. Les habitants s'en régalèrent et en vantèrent le goût surprenant. Le roi eut tôt fait d'être mis au courant et donna l'ordre d'abattre l'arbre qui, étrangement, résista aux coups assenés férocement, Son aspect fragile faisait oublier son tronc solide. Le roi, livide d'être de nouveau mis au défi, arracha aux mains de sa garde une hâche et s'avança vers l'arbre, l'air terriblement hostile. Il se produisit alors une chose étrange, à la source de la rumeur qui court encore aujourd'hui. Le despote, en plein élan, sembla se prendre les pieds dans une racine et chuta. Le fil tranchant de l'arme, en retombant, coupa net la tête du tyran, qui vint rouler aux pieds de la foule éberluée.

 

Le roi, honni de ses sujets, ne fut pas pleuré et vite enterré. Il avait voulu faire d'Esmée et de Justin le symbole de son autorité abusive. Les villageaois, eux, qui voyaient dans cet arbre majestueux la perpétuation de leur amour, en firent un symbole de Justice. Ainsi dans certains pays du monde tel que nous le connaissons aujourd'hui, les décisions judiciaires sont toujours prises et rendues sous l'arbre le plus imposant du village ou de ses alentours.

 

Bien des années après, on chantait aux enfants du village, pour s'endormir, la fabuleuse histoire d'Esmée de Justin et du roi tyran qui croyait être plus puissant que l'Amour. Les petits galopins attendaient avec impatience le passage de la mort bien méritée du vilain.

 

C'est depuis ce temps là que l'on dit que l'Amour triomphe de tout, même du trépas...

 

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Published by Magalune - dans contes
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commentaires

Emilie 12/09/2011 22:58


Douloureux mais très beau conte ...d'amour éternel :-))
L'amour a raison de tout !

"Au ciel, nous serons deux oiseaux volant toujours ensemble, sur la terre nous seront deux arbres aux branches entrelacées." (Bai Juyi "L'amour éternel" ~ extrait de "la chanson des regrets sans
fin").

Merci Magalune


Magalune 13/09/2011 08:09



Je suis contente qu'il t'ait plu :-) je suis plus à l'aise en poésie qu'en conte, alors les retours de ce genre sont "rassurant" :-)


belle journée



Ellinor 05/08/2011 11:51


Encore une fois je me suis régalée. Tu m'as donné l'envie de partager moi aussi des contes. Je ne sais pas encore les inventer, mais je me souviens de ceux qui m'ont été contés. J'en ai mis un chez
moi en pensant à toi, passe le voir quand (et si) tu veux :)


Magalune 05/08/2011 20:21



j'ai moi aussi été bercée par les contes dans mon enfance. ce sont de merveilleux souvenirs. je vais voir chez toi de ce pas :-)



Esclarmonde 05/05/2011 21:23


Félicitations, c'est très bien écrit et m'a donné un instant de fraîcheur bien agréable. L'illustration est très belle aussi. Amicalement Esclarmonde


Magalune 07/05/2011 11:17



Merci beaucoup :-) bonne journée :-)



Tony Yves 02/05/2011 20:43


Bonsoir Magalie
Un conte tel que je les aimes ceux ou l'amour même mal traité finit toujours par triompher
Mon petit côté rêveur est ravi


Magalune 03/05/2011 07:29



hi hi le mien aussi bien que j'ia eu du mal à écrire la fin (les fins sont toujours un problème pour moi). Contente d'avoir pu t'offrir une petite tranche de rêve :-)



askelia 01/05/2011 17:10


C'est très réussi! Quel plaisir!


Magalune 01/05/2011 21:27



Merci :-)



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